Trois bandes dessinées qui m'ont enthousiasmé.

"Mauvais genre" de Chloé Cruchaudet - Delcourt.
On y suit Paul, Louise et Suzanne. C'est la guerre de 14 et Paul ne veut pas retourner au front, trop d'horreurs. Louise, c'est sa chérie, celle auprès de qui il se réfugie après avoir déserté. Être déserteur, c'est pire que l'ennemi, c'est fusillade direct ! Pour ne pas se faire prendre Paul devient alors Suzanne, il se grime en femme, vit comme une femme, travaille comme une femme. Il a ce côté trouble de la séduction masculine ET féminine qui va plaire dans les milieux interlopes. Ce petit jeu va durer 10 ans jusqu'à ce que les déserteurs soient amnistiés. Sauf que Paul y a pris goût et là,  la belle histoire de Louise et Paul bascule dans le sordide. J'ai adoré cette vision de la période post-guerre, le dessin féminin un peu sépia de Chloé Cruchaudet. Le fait que se soit inspiré d'une histoire vraie appuie un peu plus la tragédie. Cette bd reçoit des moissons de prix en ce moment. Un aperçu sur le site de l'éditeur.

mauvais genre

 

"L'astragale" de Anne-Caroline Pandalfo et Terkel Risjberg d'après le roman d'Albertine Sarrazin - Sarbacane.
Albertine Sarrazin est morte à même pas 30 ans, elle a eu une vie fulgurante, libre et impertinente. Dans "l'Astragale" (qui vient d'être réédité), elle y racontait sa vie gouailleuse de jeune fille frondeuse, placée en maison de redressement dont elle s'enfuit. Dans sa fuite elle se brise un os et est recueillie par Julien, petite frappe au grand cœur. L'amour passionnel, les planques, la prostitution, le milieu interlope des années 50 et cette vie chevillée au corps ! Le dessin est en noir et blanc, à la fois, élégant et radical, expressif, terriblement vivant. Mon gros coup de cœur ! Quelques images sur le site de l'éditeur.

astragale

"La carte des jours" - Robert Hunter - Nobrow
J'aime beaucoup cette maison d'éditions anglaise qui publie toujours des choses très graphiques, avec une très belle qualité d'édition et dont certaines sont traduites en français. Cette bd-ci est moins évidente que les deux précédentes au niveau de la narration. On est plus dans dans l'allégorie et la poésie. Richard, un jeune garçon, passe des vacances chez son grand-père, un passionné d'horloges qu'il remonte tous les soirs. Un soir, Richard voit son grand-père sortir d'une des horloges. C'est l'entrée d'un monde paralléle où vit un personnage amoureux du soleil, qui vit comme une déchirure le soir quand le soleil se couche. On verra que, même par amour, on ne peut changer l'ordre du temps. Cette histoire est un régal pour les yeux tant les couleurs vous réchauffent.

nobrow